La broderie romantique d’Ana Teresa Barboza Gubo

Peu d’informations circulent sur Ana Teresa Barboza sur internet si ce n’est qu’elle est née en 1981 à Lima, au Pérou et qu’elle s’intéresse depuis déjà quelques années à l’utilisation de fil, coutures et broderies dans les arts plastiques.

Après s’être spécialisée dans la peinture, aux Beaux-Arts de l’Université Catholique de Pontificia au Pérou, Ana Teresa a suivi plusieurs cours de patronnage à l’Ecole Mod’Art de Paris (2007) et à Sofia Cenzano de retour à Lima (2009). Cette formation lui a donné les outils qui lui ont permis d’appréhender, à sa façon, le concept du corps humain.

Son travail se décline en plusieurs séries. La première, « Animales Familiares » (Animaux Familiers) s’articule autour d’un corps sectionné, recomposé et décoré par l’intervention de la couture et de la broderie. En regardant ses œuvres, on distingue à peine la frontière entre l’homme et l’animal, tantôt l’homme comme l’animal apparaît à la fois bestial et précieux.

007     IMG_1164

023

Comme si l’un habitait l’autre en permanence et que la peau n’était qu’un costume visant à cacher un corps à la fois violent et sensible. Humaine ou bestiale, la peau est alors une douce métaphore qui décore et abrite un tas d’organes et nous rappelle à la conscience de notre corps humain.

Entre instinct animal et poétique, cette série met en scène hommes et animaux dans des situations à la fois dérangeantes et comiques. Jugez vous-mêmes !

Ana Teresa Barboza_ST,venado,bordado sobre tela,50x70cm,2013_baja

IMG_0273

017

Animales fun pitou 2

Puis, le regard originellement centré sur le corps et ses entrailles se déplace de l’intérieur vers l’extérieur pour y prendre un rôle social. Dans « Modos de Vestir » (Façons de s’Habiller), Ana Teresa met en avant l’habit comme lien social qui unit les personnes aux autres et permet de s’intégrer dans une communauté.

On y retrouve des instructions et précautions à prendre avant de se lancer dans la confection d’un vêtement. Celles-ci partent du rapport au corps à l’utilisation de la machine à coudre, en passant par quelques conseils de patronnage, le tout, en couture évidemment !

02      04

08      11

costurero

D’autres de ses broderies reprennent cette même idée que la peau n’est que costume et couverture qu’il convient de décorer. C’est le message qu’Ana Teresa semble vouloir faire passer dans cette série quelque peu « tortureuse ».

Aurait-elle souffert, du vilain proverbe « il faut souffrir pour être belle » ?

 Torture     23copia

002copia     Torture génial

000baja     005copia

28copia     42baja

Si vous doutiez encore du talent d’Ana Teresa et de ses nombreuses interrogations quant au corps et à l’apparence, je vous propose de jeter un œil à sa série « Maquillaje » (Maquillage), vous y découvrirez les deux versants de la femme, avec et sans maquillage.

4baja     Maquilaje2

025copia     024baja

Ana Teresa Barboza a reçu plusieurs prix dont le prix d’Arts Visuels « Pasaporte par un Artista » en 2006 et un prix de peinture décerné par la Banque Centrale de Reserva au Perou.

Elle a exposé ses travaux à de nombreuses reprises, lors d’expositions individuelles et collectives à Lima au Pérou, mais aussi à La Paz (Bolivie), à Barcelone (Espagne) et à New York (US).

 

/ INTERVIEW /

– Bonjour Ana Teresa et encore merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions. J’aimerais savoir à quel âge et dans quel contexte as-tu commencé à coudre ? Est-ce tout de suite devenu une passion ?

 A: La couture est un héritage de ma grand-mère, elle cousait, brodait et tissait tout le temps et tout ce qu’elle faisait était magnifique. Chaque fois que je lui rendais visite, elle était en train de broder des fleurs sur une couverture ou de faire une chemise. C’est elle qui m’a appris à utiliser la machine à coudre quand j’avais 12 ans et qui m’a montré le magazine de patrons Burda grâce auquel j’ai cousu mon premier chemisier et ma première jupe. Je passais des heures sur la machine à coudre à créer des vêtements que je n’ai  jamais mis car je finissais toujours pas les découdre.

– Puisque la peau et le corps semblent être des notions très importantes pour toi ; dirais-tu que tu portes beaucoup d’attention au regard des autres sur toi ? Ton travail influe t-il sur ta vie quotidienne sur ta manière de t’habiller, de te maquiller par exemple?

A: Je n’avais jamais pensé à ça, je ne vois pas les choses de cette façon mais, sait-on jamais, il y a peut-être un lien. Une grande partie de mon travail tourne autour du corps, voire de son origine: la peau. Je pense que cela vient du fait qu’au départ, mon travail est autobiographique et qu’il s’agissait de montrer les étapes par lesquelles je passais. J’avais besoin de travailler à partir de mon corps, de ce que je ressentais et je pense que cela vient aussi du fait que c’était ce que j’avais de plus proche, que je connaissais le mieux et que je voulais pénétrer davantage. Au contraire, je pense que c’est ma vie quotidienne qui influe sur mon travail.

– J’ai vu que tu as également travaillé sur une série de broderies sur la mer. Pourrais-tu m’en dire plus sur ce travail ?

mar05copia

A: La broderie de la mer est le début d’une série sur laquelle je suis en train de travailler. Il s’agit de montrer la transformation de la nature et de notre manque de relation à son égard. Alors, je propose d’utiliser la broderie et le crochet comme techniques qui nous aident à nous rapprocher de la nature.

La broderie et le crochet sont des pratiques artistiques qui demandent du temps. Je me sers de ces techniques pour dresser un parallèle entre le travail manuel et les processus naturels, en créant des structures filaires semblables aux nervures d’une plante par exemple. Je crée des œuvres qui simulent des expérimentations dans le but de concevoir la nature d’une autre façon et nous apprendre à la regarder sous un autre regard.

IMG_8159     rio01

L’utilisation du crochet nous rapproche de la nature, en nous obligeant à la regarder d’un autre oeil, à explorer ses structures et ses processus. L’idée est d’intervenir sur le tissu pour poursuivre ce que la nature a commencé, en accord avec son flux et sa structure naturelle, tout en faisant ressortir le travail manuel de ce processus.

IMG_8122copia

– Ai-je rêvé ou tu as lancé ta propre ligne de vêtements ?

A: Tu n’as pas rêvé, j’ai bien créé ma ligne de vêtements. Lorsque j’ai fini mes études, je me suis mise à faire ce que je rêvais de faire depuis longtemps et que mes études m’empêchaient de concrétiser, faute de temps et d’espace disponible. J’ai donc lancé ma ligne de vêtements, il s’agissait de petites quantités de vêtements et, malgré le fait de ne pas avoir étudié le stylisme, le fait d’avoir étudié l’art m’a beaucoup aidé pour la composition et les combinaisons de couleurs, de textiles et de textures. Je me débrouillais pas si mal. J’ai rejoint un groupe de jeunes de mon âge qui créaient des vêtements et on occupait un atelier du Diseno Independiente de Lima qui était vide. La création de vêtements me rapportait suffisamment d’argent pour vivre et continuer mes créations artistiques à côté. Mais d’un coup, la situation s’est inversée et ce fut mes créations artistiques qui m’ont permis de vivre et de financer la création de vêtements. Alors, j’ai décidé de mettre les vêtements de côté et de me consacrer uniquement à l’art. Ma ligne de vêtements à existé de 2005 à  2012.

– Dans quel contexte es-tu venue étudier à Paris ? Quelle expérience en gardes-tu ?

A: Je suis venue à Paris car j’ai gagné « Pasaporte Para un Artista » (Passeport Pour un Artiste), un concours d’art organisé par l’Ambassade de Paris à Lima. La récompense était une bourse pour venir étudier en France ou venir dans une résidence d’artistes. J’ai choisi d’aller à l’école de Mode et de suivre un cours de patronnage. A cette époque, je faisais encore des vêtements mais tout ce que je faisait devait ensuite passer entre les mains d’une personne qui sache faire les patrons. J’ai appris beaucoup de choses à l’école de mode et de mon expérience à Paris et des endroits que j’ai visité. C’était chouette.

– Quelles sont tes sources d’inspiration ? Quels artistes admires-tu ?

A: Tout ce qui m’entoure, ce que je vis, mes amis, ma famille, les voyages, le cinéma, les livres, les vêtements, la nature, etc. Il y a tellement de choses inspirantes dans la vie.

– Aurais-tu un conseil à donner ou une anecdote que tu aimerais partager avec les personnes qui liront ce portrait de toi ?

A: Mon conseil est : quand tu ne sais pas quoi faire, dans quelle direction aller ou comment commencer quelque chose, mon copain me dit toujours : « Ana, tu dois faire ce que tu fais tout le temps, fais ce que tu aimes faire ».

Mille mercis Ana !

pájaro

N’hésitez pas à aller jeter un oeil à son blog !

Publicités

5 Commentaires

  1. Pingback: Ana Teresa Barboza Chronotes - Agnès Cappadoro Chronotes – Agnès Cappadoro

  2. Really interesting! I love this artist, his work is precious and wonderful; I followed her since many years. This interview was rewarding. Thank you to all.

  3. I think you readily, she is an adorable and generous person. Thank you for this link, and thank to you about your great blog, sukie! 🙂 vaninalys

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :