Les cartes postales brodées de Shaun Kardinal

Shaun Kardinal est né en 1982 à Tracy, Californie et habite désormais à Seattle. Il aime créer, faire de la curation et suivre des sites et autres Tumblr spécialisés en arts visuels.

Fascinée par son travail lorsque j’ai découvert ses cartes postales, j’ai fait quelques recherches sur l’artiste qui m’ont permis de découvrir que Shaun ne se contente pas de broder de vieilles photos, il est aussi producteur, photographe, sculpteur et musicien… Y a t-il quelque chose que cet homme ne sache pas faire ?! (Je suis sûre que c’est aussi un excellent cuisinier). Et vous savez quoi ? J’ai lu quelque part que l’artiste est autodidacte. Après ça, ne venez pas me dire qu’il n’est pas doué.

Avant de se mettre à la broderie, Shaun a fait beaucoup de collages. Il avait pour habitude d’échanger des petites créations par la poste avec ses amis. Une fois, un de ses amis lui a envoyé un collage peint et cousu main. En réponse, Shaun a coupé des cartes postales qu’il a recousues par la suite pour en faire un paysage abstrait. Il a beaucoup aimé le résultat et n’a jamais arrêté de coudre depuis ce jour là.

Le loisir préféré de cet artiste pluridisciplinaire est de flâner dans les boutiques de seconde main en quête d’inspiration. C’est là-bas qu’il y trouve ses matières premières : des cartes postales vintage, la plupart représentant des bâtiments ou et des paysages naturels.

Assez parlé, regardons ses cartes postales :

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Comme vous pouvez le constater, l’association de la photographie et de la broderie est le fruit d’un travail soigné et méticuleux. Shaun ne se limite pas à broder des figures géométriques sur des photos, il attache également une attention particulière aux fils qu’il utilise. L’artiste choisit la couleur des fils selon la gamme de couleurs présente dans la carte postale. Ainsi, les fils de couleurs font écho au paysage et créent de jolies connections entre les fils et la photo.

J’ai un petit faible pour cette carte postale : on dirait que les fils et les pierres sont en symbiose, c’est génial !

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Si vous êtes en train de chercher un sens aux formes géométriques que brode l’artiste, je vous arrête tout de suite. D’après lui, il n’existe aucune dimension métaphysique, c’est l’esthétique qui prime. D’ailleurs, ses formes géométriques semblent être de plus en plus minimalistes, ce qui me plaît d’autant plus!

Pourquoi devrions-nous trouver un sens à la beauté ?

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La broderie de Shaun Kardinal prend toutes formes : d’une rosace très sophistiquée à un cercle simple et délicat, en passant par tous types de formes géométriques comme des étoiles, triangles, losanges, etc.

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Ce que j’aime dans les œuvres de cet artiste, c’est qu’il ne se limite pas à la broderie, il va plus loin que ça, qu’il le veuille ou non. Selon moi, il questionne les mathématiques. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Eh bien, c’est simple : avez-vous déjà essayé de faire un cercle avec des lignes droites ?

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Lorsque je regarde la carte postale ci-dessus cela me rappelle l’artiste cinétique Carlos Cruz-Diez connu pour sa définition selon laquelle « la couleur serait destructrice de la forme ». Si vous vous demandez de quoi je suis en train de parler, je vous invite à regarder cette vidéo (à partir de 2’10 min). Carlos Cruz-Diez et Shaun Kardinal ont une chose en commun, ils sont tous les deux intéressés par les concepts de couleur et de forme. Vous verrez que les deux artistes détruisent la forme préétablie en la remplaçant par des lignes générant ainsi des couleurs ; en superposant les lignes les unes sur les autres. Peut-être est-ce quelque chose qui mérite réflexion : la destruction est-elle indispensable à la création ?

/ INTERVIEW /

Depuis combien de temps brodes-tu de vieilles cartes postales?

S : En 2009, j’ai commencé à fabriquer des paysages imaginaires à l’aide de broderies, de collages et de carte postales. C’était un peu compliqué au début car que je devais me trouver un style et une méthode qui me soient propres. Puis, en 2010, mes créations se sont légèrement détournées des paysages abstraits pour s’orienter vers un style plus géométrique que j’étais en train d’adopter. La dernière création que j’ai faite cette année là fut une carte postale brodée, la première de toute une série.

J’ai vu que tu étais un chineur professionnel alors dis-moi, à part les cartes postales, que collectionnes-tu ? Quelle est ta dernière trouvaille ?

S : Je collectionne n’importe quelle affiche et/ou papier éphémère avec de belles images et des couleurs intenses. Ce que je préfère, ce sont les lithographies commerciales (lorsque je peux me les permettre). J’ai trouvé une jolie série de six lithographies qui faisaient partie d’une campagne promotionnelle pour une vieille compagnie pétrolière. Ils invitaient les gens à visiter les parcs nationaux pour collectionner les affiches, il y en avait une à récupérer dans chaque parc. Les couleurs de ces lithographies sont incroyables.

Comment décrirais-tu ton travail ?

S : La plupart des broderies que je crée sur papier est un travail d’esthétique, j’évite consciemment tout ce qui fait sens. Parfois, j’essaye de transmettre une logique et un sentiment à la forme abstraite mais en général, il s’agit seulement de composition, de couleur et de perfectionner la création. Il serait intéressant de voir comment ce travail peut s’incorporer à d’autres des mes travaux sur le long terme.

–  J’ai vu que tu as collaboré avec ta copine, l’artiste Erin Frost. L’une de vos créations met en avant des photos sur lesquelles vos visages sont reliés par du fil. Peux-tu m’en dire plus? Dans quel contexte votre collaboration a t-elle eu lieu ?

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S : Erin et moi organisions une soirée à Vignettes, notre galerie d’art préférée à Seattle, et nous voulions inclure nos travaux solo et nos collaborations. Erin commençait aussi à travailler avec le fil à cette période, donc nous savions que nous voulions créer quelque chose avec du fil. Un après-midi, peu après que nous ayons décidé de faire un projet commun, l’un de nous a suggéré l’idée d’un visuel sur lequel nous aurions nos têtes reliées. Alors, nous avons rapidement schématisé trois façons de réaliser ce visuel. Et malgré le fait que chaque pièce était tangible et représentait un véritable défi physique, le triptyque final a été présenté précisément selon sa conception initiale. C’était un de ces grands et rares moments d’inspiration qui nous mène directement au résultat.

Tes collages et cartes postales brodées ont inspiré énormément de monde, Alisa Peti entre autres. Que ressens-tu lorsque tu vois son travail ?

Elisa

S : C’est toujours très excitant de voir un travail explicitement inspiré par le sien. Je suis particulièrement content du travail d’Alisa qui reprend parfaitement trois de mes designs.

Tes broderies et leurs styles m’amènent à penser que tu t’intéresses au système solaire, n’est-ce pas ? D’où te vient cette passion ?

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S : Tout ce qui tourne autour du système solaire est fantastique ! Le télescope que l’on peut régler à l’infini sur chaque point dans l’espace, la consistance des formes peu importe l’échelle relative, la peur de l’inconnu…

–  Es-tu d’accord avec ma dernière déclaration : faut-il passer par la destruction pour arriver à la création ?

S : Je pense que la destruction fait partie inhérente de la création. Il n’y a pas de fin, ni de début. Rien et tout. C’est pourquoi j’ai toujours imaginé le travail comme une « altération» et non comme une « création ». Le substrat et le médium sont simplement altérés.

–  J’ai lu que tu étais aussi musicien. De quel instrument es-ce que tu joues ? Quel est ton genre de musique ? Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

S : Je joue de la basse et je chante. J’adorerais me mettre à la batterie un de ces quatre. Quant à mes goûts musicaux, je pars du principe qu’il y a 10% de bon pour chaque médium (et 90% de merde). Alors je recherche ce qu’il y a de bon ! Je suis toujours à l’affût de nouveaux groupes ou albums. Là, je fais une première écoute de Sam Flax, mais plus tard je réécouterai mes groupes préférés, ceux que j’écoute en repeat: Kurt Vile, Pulp, Devendra Banhart, Magnetic Fields, Andrew Bird, Hot Chip, Broadcast… Je suis vraiment capable d’écouter Broadcast en boucle. La musique est l’amour de ma vie.

Merci énormément Shaun !

Et pour les petits curieux qui veulent en savoir plus sur l’artiste, rdv sur son tumblr !

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