Les exercices de style de Cléa Lala

De la métaphore filée au graphisme-brodé il n’y a qu’un pas. C’est ce que nous montrent les créations décalées de Cléa Lala.

Le travail de cette artiste parisienne est difficile à décrire tant il touche à différents supports (textile et papier), différents mondes (le street, la lingerie et la haute couture) et différents sentiments (agressif et fragile).

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Carte brodée

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Cléa Lala pour Espiiem

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Paulette x Unidz x Cléa Lala

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Cléa Lala pour Anne Fontaine

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Si tu fais le mal, fais le bien

Le fil conducteur est pourtant bien présent : amour du graphisme, amour la broderie mais aussi des mots, au sens propre comme au figuré.

Parmi les nombreuses créations de Cléa Lala, j’affectionne particulièrement ses « Exercices de style ». Entre allégories et jeux de mots, Cléa Lala donne formes aux « mots » (ou les déforme) pour altérer leur sens ou rappeler leur véritable origine.

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NTM Lyrics

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I promise

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An N is missing

Et inversement, on a l’impression qu’elle ressent le besoin de donner vie à ces expressions que l’on fredonne parfois, plus par habitude que pour rappeler leur véritable sens. Rappel à l’ordre ou simple inspiration ? Je l’ignore, mais la musique semble être une vraie influence pour Cléa Lala.

Cry me a river

Cry me a river

Illustration, graphisme, typo, lettrage, broderie et métaphores. Cléa Lala, la touche-à-tout et pro du point de chaînette s’est créée son propre style et c’est tant mieux !

INTERVIEW

Pourquoi « Cléa Lala » ?

Parce que Cléa est mon prénom, et Lala un de mes surnoms. À la base c’était juste mon pseudo Facebook, puis c’est resté et je l’ai gardé pour signer mes projets personnels, puis professionnels.

Peux-tu décrire ton travail en trois mots ?

  • Exploration : Parce que j’aime explorer différentes techniques pour répondre à différentes sensations que je souhaite mettre en forme et véhiculer.
  • Révélation : D’abord parce que j’aime faire apparaître une image, une sensation, un état nouveau à travers mes travaux et révéler le sens des mots, et puis parce que finalement je révèle aussi beaucoup de choses sur moi à travers ce que je fais.
  • Transformation : Parce qu’une part de mon travail consiste en la transformation d’une idée abstraite en une forme concrète, et l’autre part en la transformation par la customisation.

Comment t’es venue l’idée d’associer graphisme et broderie ? Où as-tu appris à broder ?

Je n’ai pas le souvenir d’avoir appris à broder. J’ai juste continué à expérimenter les trucs que j’aimais bidouiller étant petite, qu’il s’agisse de création textile ou d’objets. Pendant des années, je customisais tous mes vêtements, et me fabriquais pas mal d’accessoires. Je voyais ça comme une passion, un loisir que je gardais pour après les cours. Ça n’est qu’après mes études en communication visuelle (un bac L, un BTS à Estienne et un DSAA à Olivier de Serres), et une année passée à Athènes que j’ai vraiment commencé à lier les deux. J’ai pris le temps de me remettre sur des projets manuels (que j’avais laissé tomber au profit de l’ordinateur pendant mes études) Et au feeling, j’ai poursuivi sans trop savoir où j’allais. C’est lorsque j’ai fait ma première casquette qui s’est transformée en une collection, que j’ai réalisé que j’étais justement en train d’allier ces deux domaines qui me sont chers : la création visuelle et textile.

Tes créations sont-elles 100% brodées main ou t’arrive t-il de brancher la machine à coudre ?

On me pose de plus en plus cette question. J’ai même entendu la réflexion « Pourquoi fait-elle des trucs à la main qui sont tellement bien fait que ça pourrait être fait à la machine ? » !

Il m’arrive de brancher la machine mais je travaille la majorité du temps à la main parce que c’est un réel exutoire : le temps de préparation, puis le temps de réalisation donnent beaucoup de temps à la réflexion et j’aime ça autant que j’en ai besoin. Travailler le fil à la main c’est super parce que c’est pas comme la peinture ou le crayon : si c’est pas comme je veux, je reviens en arrière et je recommence !

Mais parfois, j’ai une idée, je veux juste qu’elle prenne forme et le travail de conception me semble plus important que la réalisation en elle même. Alors là, je passe à la machine. Mais ça n’est jamais du 100% machine, j’interviens toujours à la main avant, pendant, ou après et en général, je le précise à un endroit ou à un autre.

Tu crées ton truc toute seule par tes propres moyens et maîtrises un tas de techniques, as-tu une spécialité ?

Je crois que ma spécialité c’est de raconter des histoires. Elle ne réside pas en une technique particulière mais une façon de faire : à travers le travail manuel, la minutie et le soucis du détail.

Donc j’aime explorer, et pour répondre plus précisément à la question, je citerai cette citation de Picasso que j’adore et qui me ressemble : « J’essaie toujours de faire ce que je ne sais pas faire, c’est ainsi que j’espère apprendre à le faire. »

J’ai cru comprendre que tu as vécu en Grèce pendant un moment ? Dans quel contexte ? Qu’en gardes-tu ?

Oui, j’y ai vécu pendant 1 an il y a 4 ans. Je sortais tout juste de mon DSAA à Olivier de Serres et j’avais hâte d’en finir enfin avec l’école. J’ai travaillé à BIOS. exploring urban culture, un endroit rêvé où la pluridisciplinarité régnait. J’en garde de très bons souvenirs, des personnes qui me sont chères, de l’encre dans la peau, et mon logo que j’ai fait naître là-bas.

Mais surtout, le fait de m’être lancée à 25 ans dans un pays où j’ai dû apprendre à lire, à écrire, et à parler… a été la principale force que j’ai gardée et réutilisée par la suite pour rentrer à Paris et me lancer dans le développement de mes projets personnels !

Tu es une jeune artiste, ta liste de collaborations est longue et ton avenir s’annonce prometteur. Comment vis-tu tout cela ?

Déjà merci pour ce souffle d’optimisme ! C’est certes rassurant, car les marques nous aident à reconnaître que ce que l’on fait est important, mais je ne pense pas qu’accumuler les collaborations soit signe d’un avenir prometteur. Les collaborations que j’ai pu développer avec les marques telles que Levi’s, Chantelle, le BHV Marais, Anne Fontaine etc. ont permis de donner du crédit à ce que je fais aux yeux du grand public, mais la mode reste la mode : un truc éphémère qui doit se renouveler tout le temps !

Du street à la haute couture en passant par la lingerie, quel domaine de l’habillement te ressemble le plus ?

Je suis « tout terrain » mais j’aime les matériaux natuels et les coupes basiques et recherchées. Cela dit, j’ai un penchant pour les choses simples, avec le détail qui change tout.

Quel rapport as-tu avec la mode ?

Je l’aime autant que je la déteste ! Ado je lisais pleins de trucs sur la mode, j’allais voir des expos, ma mère m’enregistrait tous les défilés qui passaient sur Paris Première, les interviews des créateurs, etc. Je voulais être styliste donc je me tenais au courant. J’aimais énormément le fait de pouvoir travailler et de jouer avec son image juste en changeant « l’enveloppe » que l’on donne à voir. Mais ce que je déteste le plus dans la mode, c’est justement la mode elle-même ! Cette importance omniprésente de l’apparat, où l’on mise tout sur la première image… c’est parfois affolant et déconcertant !

Cette broderie me fait penser à l’expression anglaise « Get your hair down » (« Détache-toi les cheveux ») très old school qui signifie « détends-toi ». Peux-tu m’en dire plus ?

Cette broderie fait partie d’une série avec Cry me a river, L’effet que l’été me fait, Laisse pas traîner ton fils que je développe. C’est une exploration en cours où, même si tout est maitrisé dans l’illustration et/ou le piquage des fils, j’aime donner une certaine liberté et surtout une forme de vie puisqu’on peut jouer avec les fils. J’aime l’idée de confectionner des tableaux vivants auxquels ont pourrait donner plusieurs formes (lorsque les fils tombent ou sont tendus) et ainsi proposer plusieurs lectures.

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Relax (max)

Cry me a river

Cry me a river

Sur quelle créa as-tu préféré bosser jusqu’à présent ?

Sans hésitation, « Cry me a river » car j’ai trouvé dans la préparation de cette réalisation, et son impact une fois finie, toute la force de ce que je souhaitais communiquer. Bon ok, c’est pas très gai tout ça mais au final ça fait un bien fou quand c’est matérialisé. Mais tu m’aurais posé la question quelques mois plus tôt, je t’aurais répondu une des toiles de ma collection Sale Valentin, et encore plus tôt, j’aurais pointé du doigt ma toute première casquette, avec mon dessin du Hibou que j’ai brodé à la main. Après, en terme de client et de collaboration, mon dernier projet sur les cols avec la maison Anne Fontaine a été un réel plaisir à concevoir et confectionner. J’aime travailler sur des projets où j’ai carte blanche !

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Sur moi-même ! Je me remets à mes projets personnels, me recentre, et tire chaque fil d’inspiration du nœud de mon vécu.

J’ai raté tes ateliers (au BHV, chez Levi’s, etc.), en as-tu d’autres de prévus ?

Il y a qq jours j’animais un atelier organisé par Les Nanas d’Paname pour NAF-NAF. Je brodais des pièces pour le lancement de la nouvelle collection. C’est très en vogue ces derniers temps, donc il est possible que l’on s’y croise très prochainement 🙂

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Cléa Lala x Levi’s

Un artiste ou une personne qui t’inspire ?

Tout le monde ! Ce sont souvent les images ou les mots des autres, artistes ou pas, qui m’interpellent. Ils ou elles appellent quelque chose en moi, alors je m’interroge sur ce que cela vient chercher. Du coup, je fais une image pour m’approcher au plus près de l’émotion que je souhaite cristalliser, puis communiquer.

Une anecdote que tu aimerais partager ?

J’ai réalisé Cry me a river la nuit où j’ai vu Black Swan de Darren Aronofsky. (Oui, je l’ai vu un peu tardivement…).

Même si je connaissais les grandes lignes de cette légende, j’ai trouvé ce film absolument terrifiant et j’ai été profondément choquée par cette histoire où l’art mène à la schizophrénie et où la perfection ne s’obtiendrait qu’en passant par la maladie mentale. C’est du délire !

Merci Cléa !

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Les créations de Cléa Lala son dispo sur son site,

Facebook, Tumblr et Instagram. Allez y faire un tour !

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