Sula Fay ou l’art de broder ses cheveux

Sula Fay, 21 ans, collecte ses cheveux et les transforme en de fines et délicates broderies sur de vieux napperons.

blanquita 3

Sur son site Internet, cette artiste new-yorkaise s’explique « étant de descendance africaine et portoricaine, j’ai hérité de cheveux très bouclés. A côté de mes amies à la peau blanche et à la longue chevelure lissée, je me sentais différente et moche ». Ce complexe l’a conduisait à se brosser et lisser les cheveux, et à se faire des brushing pendant des heures. Toute une organisation qu’elle compare aujourd’hui à celle de la broderie : « Pour broder mes cheveux, tout d’abord je dois les lisser un par un ». Le moins qu’on puisse dire c’est que Sula est une jeune fille appliquée.

Puis vinrent ses broderies.Tantôt, ses créations dévoilent des corps nus, arrondis voire velus, tantôt elles laissent déchiffrer un adjectif péjoratif. Pour Sula, broder est à la fois un moyen d’extérioriser ses expériences personnelles et de dénoncer les idéaux de la beauté de la féminité de la culture occidentale.

scan copy 3 comely2

J’ai choisi de concentrer le sujet de cet article sur ses broderies que j’apprécie particulièrement mais vous  ses autres projets méritent également le coup d’oeil et sauront retenir votre attention si, comme moi, vous tournez la tête dès lors que vous apercevez des « cheveux », « broderies », « tissages » et « traditions artisanales ».

 

ENTRETIEN

Lorsqu’on découvre tes broderies et leur légende présentes sur ton site, on peut assez facilement entendre ta façon de broder comme un moyen d’affronter un certain complexe capillaire. Comprends-tu ton processus créatif comme une thérapie artistique ?

Oui, absolument. Ces broderies marquent le moment où j’ai commencé à exprimer le mal-être que je ressentais vis-à-vis de mes cheveux ailleurs que dans mon journal. J’ai commencé à broder avec mes cheveux environ un an après avoir arrêté de me les lisser, alors que je commençais à accepter mes boucles naturelles. J’ai ressenti et ressens toujours le besoin de rattraper toutes ces années passées à les rejeter et à être dans le déni de ma propre personne.

Parfois, ce que nous pensons être une faiblesse se révèle être une réelle force. Qu’en penses-tu ?  

Je suis tout à fait d’accord. Après ce projet, j’ai fait d’autres créations qui étaient souvent douloureuses à réaliser, mais dont j’avais besoin. C’est une façon pour moi d’aborder des sujets laissés en suspens. Cela m’aide à affronter mes faiblesses plutôt que de les refouler. En dévoilant ces informations personnelles sur moi, je tente d’établir une intimité avec celui qui regarde la broderie.

Puisque tu sembles t’intéresser aux anciennes traditions, as-tu déjà essayé de créer un bijou de cheveux ? 

Non mais il est vrai que j’en possède quelques un que j’ai hérité. Je ne suis pas attirée par la création de bijoux mais j’adore le fait d’en avoir et de voir d’où viennent ces traditions.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ? As-tu prévu de faire d’autres « créations chevelues » prochainement ?

J’apprends à filer la laine et j’ai bon espoir d’arriver à filer mes propres cheveux d’ici peu.

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ? 

Je suis née à New York, mais j’ai grandi à Los Angeles, en Californie. Mon père est Afro-portoricain et ma mère est une Euro-Américaine juive.

A côté de tes broderies, j’ai vu quelques tissages que tu as réalisé pour ton projet A note on hair and mourning (Quelques mots sur des cheveux et le deuil). Comment expliques-tu cette envie de travailler le fil et les cheveux ?

J’ai travaillé un peu avec d’autres types de cheveux comme les tissages et les cheveux synthétiques. Je ressens une certaine intimité à travailler avec les cheveux et avec les textiles que j’aime. Toutefois, cela a toujours été clair depuis le début, le fil conducteur de mon travail est les broderies à partir de cheveux : la relation entre la douleur et les cheveux et l’apparence.

DSC_0095

DSC_0084

“Blanquita”, “comely”, “bedraggled”, “beastly”: d’où viennent ces adjectifs ? Correspondent-ils à des surnoms que l’on te donnait ?

Certains oui, d’autres sont des noms que je me suis moi-même attribuée.

Tu brodes sur des napperons. Pourquoi ce choix ? 

Parce que les napperons sont associés au décor victorien, cela me rappelait  des traditions victoriennes qui utilisaient des cheveux humains. C’est aussi un matériel qui raconte, esthétiquement parlant, des idées de la féminité et de la virginité à cause de la couleur et du tissage, la plupart du temps en plus, ces napperons étaient fabriqués par des femmes. Aussi parce que je suis une femme et que les textiles font appel aux stéréotypes de la femme ménagère et des activités féminines, alors j’ai trouvé que les napperons étaient les toiles parfaites pour mes broderies.

foot scan

Merci beaucoup pour cet entretien Sula ! Et si vous mourrez d’envie d’en voir plus, ce que je comprendrais sans hésitations, jetez un oeil au site de Sula Fay !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :